les brokers européens ne sont pas comparables à Robinhood


Récemment, les actions de nombreuses entreprises américaines, dont celle de GameStop Corp., ont dominé l’actualité économique mondiale. Les investissements coordonnés de traders participant au sous-forum WallStreetBets de la plateforme Reddit, qui comptait alors plus de 4 millions de particuliers, ont provoqué une hausse vertigineuse de cours de ces actions. 

Cet événement a été vu de France comme un phénomène purement américain permis par le succès de l’application de trading Robinhood, dont le rôle dans l’évolution de cette crise est controversé.  

Pourtant, les Européens ont été bien plus actifs qu’on ne le pense, grâce notamment à la démocratisation de l’accès en Bourse et aux actions américaines permise par les brokers en ligne. La preuve en est que GameStop a été l’action la plus populaire chez de nombreux courtiers en ligne européens dans ces dernières semaines.

Les Européens ont joué un rôle dans l’affaire GameStop

Des facteurs macroéconomiques tels que les taux d’intérêt négatifs et l’inflation, mais aussi l’innovation technologique des services financiers incitent à trouver une voie alternative pour épargner. Ce phénomène n’est pas qu’américain mais affecte aussi l’Europe et notamment la France.  

Poussés par les rendements faibles de leurs placements (0,5% pour les livrets A et LDD), de plus en plus de Français investissent sur les marchés financiers et cette tendance s’est accélérée avec la pandémie de COVID-19. D’après l’AMF, plus de 400 000 Français ont investi pour la première fois en Bourse en 2020, ce qui est un record, même si ce chiffre était quatre fois plus élevé en Allemagne sur la même période.

En France comme en Allemagne, ces nouveaux investisseurs sont des jeunes (d’après l’AMF la moyenne d’âge des clients de courtiers en ligne est désormais de 36 ans) et ils sont actifs sur les réseaux sociaux. Bien qu’il soit difficile de mesurer la participation des investisseurs européens dans le phénomène GameStop, plusieurs courtiers en ligne européens ont annoncé que dans les dernières semaines l’action de GameStop était celle qui avait été la plus achetée par leurs client. Le sous-forum de Reddit, lui, a fait des émules comptant plusieurs dizaines de milliers de traders allemands et français. 

Bien évidemment, l’apparition de “néobrokers” offrant en apparence des services similaires à Robinhood ont permis cette participation populaire aux marchés financiers, mais ils ont, pour le moment, moins de poids que les brokers traditionnels offrant un accès onéreux aux actions américaines. Par ailleurs, il est crucial de souligner que la grande majorité des plateformes européennes opèrent d’une manière complètement différente et ne peuvent être comparées par leur fonctionnement avec Robinhood.

Quelles différences entre Robinhood et les brokers européens?

Robinhood a démocratisé l’accès aux marchés financiers aux États-Unis en créant un modèle tarifaire sans commission et sans frais de tenue de compte. Le modèle économique de ce néobroker américain est innovant parce que contrairement aux brokers américains traditionnels, il ne se rémunère pas en chargeant ses clients. Il compte donc sur trois autres sources de revenus. Premièrement, Robinhood ne traite pas les ordres de ses clients en Bourse mais les vend à des fonds spéculatifs ; Deuxièmement, Robinhood prête les actions de ses clients à d’autres investisseurs contre rémunération ; Et troisièmement, Robinhood touche des intérêts sur les fonds de ses clients. La plupart des brokers traditionnels américains génèrent aussi des revenus de cette manière, mais Robinhood pousse ce modèle économique à son paroxysme, ce qui le met au centre de la controverse.

En Europe, le modèle de Robinhood ne serait pas légal grâce à une réglementation plus stricte. En particulier, la directive européenne MIFID 2 (directive Marchés d’instruments financiers révisée) définit des règles claires pour les intermédiaires financiers visant à éviter que des conflits ne lèsent les intérêts de leurs clients. Les brokers européens ne peuvent donc pas se rémunérer comme le fait Robinhood. En effet, recevoir des paiements de fonds spéculatifs pourrait les inciter à porter préjudice aux intérêts de leurs clients, ce qui serait en violation de la réglementation. 

La grande majorité des brokers européens fonctionnent un modèle reposant principalement sur une facturation à la transaction, avec des coûts généralement élevés pour les investisseurs. La réglementation européenne appliquée aux brokers est vue par certains d’entre eux comme une contrainte, mais elle ne les empêche pourtant pas d’innover, d’améliorer leurs services et de réduire leurs prix, s’ils le souhaitent.

La plupart des brokers européen en actions et ETF (à l’exclusion peut-être des brokers CFD, à l’activité controversée), ne peuvent donc pas être comparés à Robinhood.



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