Comment les Hedge Funds sont tombés dans le piège de GameStop


Selon David Mellul de Varenne Capital, plusieurs paramètres de risque auraient dû leur mettre la puce à l’oreille.

Beaucoup d’encre a coulé sur le rôle des réseaux sociaux dans la saga GameStop. En revanche, la négligence des Hedge Funds ruinés par le rallye sur le titre n’a pas vraiment été remise en question. Non pas parce que ces derniers dirigent des stratégies de ventes à découvert sur des entreprises surévaluées, mais parce qu’ils ont sciemment fermé les yeux sur des indicateurs de marché élémentaires. Selon David Mellul, directeur général de Varenne Capital, plusieurs paramètres de risque auraient dû leur mettre la puce à l’oreille. Entretien.

STRATéGIE ASYMéTRIQUE DES HEDGE FUNDS…

Vendre un titre non détenu à découvert suppose de l’emprunter dans l’optique de le racheter à terme à un cour inférieur. Si l’on ne peut pas perdre davantage que la somme investie sur l’achat d’une action au marché, la perte sur une position à découvert est en revanche illimitée, car il n’y a pas de plafond théorique à la hausse du cours d’une valeur.

Via un marché organisé, les Hedge Fund paient donc un intérêt sur les titres empruntés à un investisseur tiers souhaitant ajouter une source de rémunération complémentaire à ses positions de long terme. Le prix de la location évolue en fonction de l’offre et la demande sur le marché du prêt et de l’emprunt: si la pression s’accentue, l’intérêt du titre va augmenter. 

Les Hedge Funds sont en plus soumis à des appels de marge par la chambre de compensation qui s’assure de leur solvabilité lors de la flambée des titres vendus à découvert. Face à des appels de marge intenables, les fonds incriminés dans l’affaire GameStop ont été forcés de dénouer leurs positions, c’est-à-dire de racheter les titres surenchéris sur le marché. Un «short squeeze» dans le jargon qui a coûté la moitié de la fortune du fonds Melvin Capital.

…à UTILISER AVEC PRéCAUTION

Dans le métier, l’indicateur «short interest» permet de mesurer les pressions vendeuses trop intenses sur un titre, ce «qui signifierait sortir immédiatement de la position pour éviter un risque de short squeeze», relève David Mellul. «Les acteurs qui shortaient GameStop n’ont pas pu vu la vague acheteuse arriver, mais ils pouvaient en revanche savoir que la pression vendeuse de 85% sur ce titre était bien trop importante», poursuit-il. Les Hedge Funds n’auraient-il donc pas suivi une règle élémentaire dans la profession?

Si un tsunami de petits acheteurs sur une cible devait rester un cas rare, il ne concernerait jamais le poids lourd d’un indice. Au marché plus profond, les grandes capitalisations boursières sont plus difficiles à attaquer: «Les boursicoteurs ne pourront pas soutenir les cours des titres des sociétés comme Amazon pesant plus de 1’500 dollars de capitalisation. Ils pourront tout au plus s’attaquer à des petits acteurs», souligne David Mellul.

LES TITRES BON MARCHé, CIBLES POTENTIELLES D’OPA

La survenue d’une OPA est bien plus probable qu’un raid de petits porteurs. Encore plus dans un contexte de liquidité quasi illimitée et de taux encore très bas, les OPA se font en offrant le plus souvent des primes très importantes par rapport au dernier cours de bourse. En ce sens, le risque d’OPA sur une position short est un risque majeur. «En réponse à ce risque, nous nous concentrons sur des entreprises qui se traitent avec une prime importante par rapport à notre estimation de leur juste valeur, car on considère qu’à ce niveau de prix, les investisseurs ou les concurrents ne se porteront pas acquéreur. Aussi, dans une approche disciplinée, nous coupons les positions dès que le prix baisse de plus que 40% car il pourrait potentiellement devenir une cible pour une OPA», précise David Mellul. 



Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *